30/03/2016

La gauche combative

J'ai lu avec un peu de tristesse l'éditorial de L'excellent Rachad Armanios dans Le Courrier d'aujourd'hui. Il m'accordera que les prétentions de "purge" de Solidarités dans le groupe "Ensemble à Gauche" au Grand conseil, correspondent à l'arrivée dans ce groupe d'un certain Jean Batou, qui n'était jusqu'à présent que troisième "viennent-ensuite" et qui s'est montré dès son arrivée atteint d'une boulimie intolérable en termes de commissions.  Certes, le climat n'était pas idyllique jusqu'alors. Solidarités a prétendu depuis le début de la législature imposer sa discipline de vote, au lieu d'accepter d'enrichir le groupe avec des avis nuancés sur divers sujets de société, les actions des différentes composantes étant toujours situées très à gauche sur l'échiquier politique. Comme l'article le relève justement, ce mouvement se complaît dans le flou  juridique, ne se référant aux voies légales que lorsque cela l'arrange.

Mais prétendre sanctionner une abstention par une privation de 6 mois de commissions, voire une exclusion (juridiquement impossible car le groupe n'est qu'une alliance informelle de différents partis) dépasse toutes les limites du sens commun. Toutes les autres composantes du groupe s'y opposent d'ailleurs.

Je ne me considère pas comme une "élue en roue libre" et j'ai tout le soutien de ma formation pour le travail que j'ai accompli et compte encore accomplir dans les commissions importantes où j'ai siégé (commission fiscale et commission des finances) et compte encore siéger. Certes, les élus de Solidarites sont issus d'une formation plus importante en nombre de membres, mais ils sont devenus minoritaires au Grand Conseil et c'est bien l'objet de leur crispation. On peut regretter qu'aucun d'entre eux ne rappelle effectivement leurs ego à un peu de mesure.

Je ne souhaite pas me mêler des affaires du DAL, mais  il me semble que respecter le vote d'une assemblée générale est le minimum de démocratie qu'un élu doit savoir accepter.

Je tiens à rappeler à mes électeurs que, même archi-minoritaire, je n'ai jamais raté une occasion de défendre les intérêts des plus démunis, particulièrement dans le domaine de la redistribution des richesses via la fiscalité. C'est mon parti (La Gauche - die Linke - La Sinistra) qui avait déposé l'initiative Fédérale pour l'abolition des forfaits fiscaux, puis vint celle sur les droits de succession... Puis va venir la lutte contre RIE III. Je continuerai à me battre avec tous les militants de bonne volonté contre le rôle hégémonique de la finance et des multinationales, pour une école qui redresse les inégalités de chances, pour une recherche scientifique désintéressée, pour un Etat fort au service des citoyens. Et aussi pour une conception laïque de notre République, n'en déplaise aux communautaristes,  dogmatiques, trotskistes et totalitaristes de tout poil.

 

 

25/03/2016

Mise au point à l'intention du Courrier

Cher Monsieur,

Votre article de ce jour contient de graves inexactitudes à mon sujet, que je vous remercie de bien vouloir corriger à la plus prochaine occasion, car elles sont de nature à me nuire. Je n'ai pas été "suspendue" de l'alliance Ensemble à Gauche et, en particulier, je reste jusqu'à nouvel ordre sa seule représentante au Bureau du Grand Conseil. Ma privation de commissions est contestée par toutes les composantes ayant des élus au Grand Conseil autres que SolidaritéS. je vous prie de trouver, ci-joint, la lettre de mon avocat à ce sujet. SolidaritéS a parfaitement le droit d'avoir une position différente sur la laïcité de celle du DAL, de La Gauche, de Indépendants de Gauche et du Parti du Travail. Mais de là à lire, sous la plume de Pierre Vanek, dans le journal de SolidaritéS, que le projet de loi Gauthier, Orsini, Wenger "a des relents xénophobes et totalitaires", il y a un pas que votre journal pourrait mentionner, en plus des insultes que l'auteur a pu recevoir en retour.

SolidaritéS ne fait pas "figure de poids lourd au sein de cette constellation politique". Ce mouvement n'a q ue 4 élus sur 9 au Grand conseil. C'est d'ailleurs cette position nouvelle de minoritaire qui explique ses crispations, ainsi que les prétentions sans borne de Jean Batou, troisième "viennent-ensuite", qui vient à peine d'accéder au Grand Conseil et a prétendu s'attribuer des commissions importantes (finances, fiscalité), pour lesquelles il n'a aucune compétence. Mon abstention lors d'un vote est évidemment le premier prétexte venu pour ce "hold-up" prévu de longue date et que personne de sérieux ne saurait admettre.

SolidaritéS a admis que les problèmes d'organisation étaient du ressort de l'assemblée mensuelle d'Ensemble à Gauche mais, minorité par le vote qui y a eu lieu, a essayé malhonnêtement d'exercer un droit de veto qui n'est prévu que pour les prises de position sur des objets parlementaires.

Je vous remercie à l'avenir, quand vous aurez à traiter de ma situation, de m'interroger au moins autant que Pablo Cruchon, secrétaire de solidarités, qui n'est pas élu et n'a reçu aucun mandat d'"Ensemble à Gauche" pour parler en son nom.

Je vous remercie de votre prompte mise au point et vous prie d'agréer, cher Monsieur, mes meilleures salutations.

04/03/2016

Le secret des professionnels en milieu carcéral

J'ai lu avec intérêt l'excellent résumé du Docteur Pierre Conne de sa position sur le secret médical en milieu carcéral. Il s'agit d'un médecin humaniste, qui s'oppose à un autre médecin tout aussi humaniste, preuve que chaque position était bien moralement défendable. J'ai décidé de suivre la position de M. Conne, après mûre réflexion et en mon âme et conscience en m'abstenant de voter contre ce récent projet de loi. Il explique très bien que cette disposition intervient après le constat que les professionnels travaillant avec des détenus dangereux, ne communiquaient pas assez entre eux. Ce défaut de communication menaçait la sécurité des professionnels et de la société, et compromettait la réinsertion des détenus. Le nouvel article de loi prévoit que les professionnels doivent informer sans délai les autorités de situations d'urgence menaçantes. Les médecins traitants doivent collaborer à la demande des experts, à l'évaluation de la dangerosité des criminels. Sans état de nécessité, le secret médical reste strictement respecté.

Voilà donc la vilénie que j'ai commise. Cela mérite au moins d'être privée de toute commission pendant 6 mois. Ce qui me rassure, c'est la certitude que cette mesure était prévue bien avant mon vote et qu'il ne manquait plus que le moindre prétexte pour l'appliquer.

03/03/2016

Les joies d'EàG

Une fois de plus, la Tribune a interrogé Pablo Cruchon, simple employé de SolidariteS, sur un litige survenu au sein du groupe parlementaire d'Ensemble à Gauche, en le baptisant "Secrétaire du Parti". De quel parti ? Les élus d'EàG au Grand Conseil appartiennent à cinq partis différents : solidarités (4 élus), DAL (2 élus), La Gauche (1 élue), Les Indépendants de Gauche (1 élu) Parti du Travail (1 élue) Ce Monsieur n'a aucun mandat d'aucune sorte pour représenter autre chose que son propre parti, minoritaire dans notre groupe.

C'est d'ailleurs pour rémunérer plusieurs personnages de ce genre que le mouvement SolidaritéS a autant besoin des jetons de présence du nombre insensé et disproportionné de commissions qu'il prétend s'attribuer. Il aurait saisi n'importe quel motif pour reprendre à La Gauche la commission des finances et la commission fiscale, même si son représentant n'a pas la  moindre compétence dans ces domaines.

 

 

05/02/2016

Les tartuffes

J'ai osé m'abstenir dans un vote concernant le traitement des criminels psychopathes incarcérés à Curabilis ! "Quel crime abominable, seule la mort était capable d'expier ce forfait !!" (1)

Les leçons de morale d'un Cyril Mizrahi et les sidérations d'une maria Pérez glissent évidemment sur ma conscience comme  sur les plumes d'un canard. J'ai personnellement longuement réfléchi en commission de la santé et consciencieusement écouté les arguments des uns et des autres. Je me suis finalement abstenue en prenant en considération le fait qu'il s'agit tout de même de criminels dangereux, certes psychopathes, mais d'abord criminels. Le fait pour leur médecin d'en référer à une commission spécialisée est une garantie en cas de grave manipulation. Maintenant, dénier à un député le droit de s'exprimer et le couvrir d'injures quand il n'est pas d'accord avec vous, me paraît une démarche très grave. Je sais qu'il faut prendre ces critiques pour ce qu'elles valent et compte-tenu de ceux qui les émettent. mais je pense à des âmes plus faibles, que de telles pressions pourraient dissuader de s'exprimer librement, contrairement au règlement du Grand Conseil.

Tout le monde aura remarqué que je ne suis pas lâchement allée à la buvette comme maints députés le font quand ils n'ont pas envie de suivre les mots d'ordre de leur groupe. J'assume pleinement mon abstention. celle-ci est recommandée au sein de tous les groupes en cas de désaccord avec la majorité. je trouve énorme que le député Deneys se permette de faire des réflexions sur la cohésion du mien et lui recommande à l'occasion de s'occuper de ses fesses. J'ai encore le droit d'avoir une opinion différente de la sienne sans pour autant être insultée comme je l'ai été.

Pour conclure, je ferai remarquer que le secret médical est violé depuis belle lurette par les caisses maladie qui connaissent tous les détails de nos bobos grâce aux listes de médicaments communiqués par les pharmaciens. Les cris d'orfraie poussés par certains élus dans le cas de criminels psychopathes sont une preuve supplémentaire de leur tartufferie.

 

(1) Jean de la Fontaine - Les animaux malades de la peste.

 

 

24/01/2016

Votations du 28 février

Noyée dans la masse des nombreux objets proposés au vote des citoyens le 28 février, figure l'initiative de "Loi constitutionnelle modifiant la constitution de la république et Canton de Genève". Il s'agit de la décision très importante de confier les comptes de l'Etat à la Cour des Comptes plutôt qu'à une fiduciaire privée. La nouvelle constitution se contente de dire "La révision des comptes de l'Etat est assurée par un organe externe et indépendant désigné par le Grand Conseil. Il peut s'agir de la Cour des Comptes"

Le Conseil d'Etat s'est empressé de profiter de cette brèche pour faire voter une Loi sur la Surveillance de l'Etat qui décide de confier cette révision à une fiduciaire privée. Ensemble à Gauche et les socialistes ont chacun déposé un projet de loi tendant à revenir sur ce vote et une majorité s'est dégagée dans ce sens à la commission des finances. Depuis lors, la droite et le Conseil d'Etat multiplient les manoeuvres dilatoires pour repousser ce vote en plénière.

Dans l'intervalle, l'UDC a déposé le projet de loi sur lequel la population est appelée à voter. La constitution dirait clairement désormais : "La révision des comptes de l'Etat est assurée par la Cour des Comptes". Là encore, le Conseil d'Etat a tout fait pour reculer ce vote jusqu'en Février 2016 et le noyer parmi de nombreux autres sujets importants.

On a essayé par  tous les moyens de discréditer la Cour des Comptes, en prétendant en particulier qu'elle ne disposait pas des experts réviseurs nécessaires. Or, elle dispose déjà de six experts comptables diplômés, dont un magistrat. De plus, elle travaille au coût de revient et n'a pas besoin d'une marge commerciale. Avec elle, il n'y aurait pas à redouter que des données sensibles, par exemple fiscales, puissent être transmises ou stockées à l'étranger.

La révision des comptes fait partie des missions traditionnelles des Cours de Comptes qui nous entourent. Votons OUI à ce projet de loi, même s'il émane d'un député UDC. 

10/01/2016

Ensemble à Gauche et la laïcité

Un membre de notre groupe parlementaire Ensemble à Gauche au Grand Conseil, Pierre Vanek, tente de démolir  dans le journal du mouvement Solidarités, le projet de loi sur la laïcité que cinq autres élus du même groupe, dont moi-même, soutiennent en réponse à celui, inacceptable, de Pierre Maudet. 

Il nous reproche de mener "une lutte idéologique antireligieuse" au lieu de lutter pour le socialisme en général ou dans des combats sociaux ou économiques particuliers. Certes, il annonce tenir ces propos à titre personnel, mais  ils prouvent qu'il n'a rien compris à la notion de laïcité ni aux importants enjeux de société qui se présentent actuellement à notre jugement.

Traiter d'anti-cléricaux, de laïcards et d'islamophobes tous les citoyens qui s'inquiètent de la tournure que prennent certains changements législatifs est non seulement facile et stupide, mais également très lâche. Comme l'écrit très bien Richard Malka dans le dernier Charlie Hebdo, "certains soignent par là-même leur culpabilité de classe ou leur tropisme "anti-impérialiste" sur le dos du droit à la neutralité religieuse dans l'espace public".

Nous ne pouvons accepter un projet de loi qui déclare comme un de ses buts : "permettre aux organisations religieuses d'apporter leur contribution à la cohésion sociale". Le communautarisme est par définition un facteur de division et les pays qui ont choisi cette solution, telle la grande Bretagne, le regrettent maintenant amèrement. La défense de la laïcité devrait être la fierté de la gauche, de toutes les gauches.

"Tout individu a le droit de claironner ses convictions dans l'espace public, comme de les manifester et les mettre en oeuvre publiquement" écrit le même député. Il oublie la loi sur le culte extérieur du 28 août 1975, toujours en vigueur qui dit clairement : "Toute célébration de culte, procession ou cérémonie religieuse quelconque est interdite sur la voie publique".

Pourquoi cette frénésie à revenir sur ce qui nous a valu un siècle de paix et d'harmonie ? Pierre Vanek, qui n'a peur de rien,  ose trouver à notre exposé des motifs "des relents xénophobes et totalitaires". Il ne sait pas que, dans tous les milieux de gauche dignes de nom, le coup de ce genre d'insultes est éculé. La rage de voir déposer un projet de loi qui n'émane pas de Solidarités a des limites.

Comme le disait si joliment notre ami Cavanna : "Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, causons dans le poste, éduquons nos gosses, saisissons toutes occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés".

 

04/12/2015

Interprétation effarante de la constitution

Le Conseiller d'Etat Mauro Poggia a fait hier soir dans le journal de Léman Bleu une déclaration tellement ahurissante que j'ai dû vérifier ce matin que je n'avais pas rêvé. Il a raconté avoir reçu dans son bureau les représentants des communautés religieuses pour traiter du problème de l'encadrement et de l'intégration des migrants car il pense qu'"elles ont les bonnes volontés, les connaissances et les réseaux pour permettre aux migrants de s'intégrer le plus rapidement possible. Ces bonnes volontés restent devant une page blanche, parce que le lien entre notre société et les arrivants n'est pas correctement mis en place. Or, c'est le propre de la religion de lier".

Les représentants de la Grande Mosquée ont en particulier indiqué que la fondation culturelle islamique avait des immeubles à mettre à disposition pour l'hébergement des migrants.

Certains esprits séditieux auraient pu penser qu'on eût pu d'abord expliquer aux migrants qu'ils venaient de s'installer dans une république laïque, que le lien social était basé sur l'idée de liberté, d'égalité et de fraternité, que leurs dogmes divers et variés étaient protégés par notre constitution mais qu'on était citoyen avant d'être musulman, juif, chrétien, etc.

L'hébergement des migrants, c'est le rôle de l'Etat et de lui seul.

Sortez moi de ce cauchemar !

 

03/12/2015

Entrevue avec le Conseil d'Etat

Le groupe Ensemble à Gauche a été reçu comme les autres groupes parlementaires ce matin à 8h par le Conseil d'Etat. En ma qualité de représentante du groupe à la commission des finances, j'ai exposé les motifs qui  ne m'ont pas permis de voter l'entrée en matière du projet de budget 2016 :

1. Le refus du conseil d'Etat de formuler un amendement pour tenir compte dans le budget du versement de l'annuité due aux fonctionnaires aux termes de  la loi.

2. Son refus de déposer des lois de recettes fiscales autres que les deux propositions concernant les frais de déplacement et les primes de maladie complémentaires. La dette du coton résulte de baisses successives depuis 1998 pour un montant atteignant un milliard par an. EàG a demandé à plusieurs reprises la suppression du bouclier fiscal, une correction de la courbe de l'impôt des personnes physiques et morales, le rétablissement es impôts de succession en ligne directe, etc. Les efforts demandés le sont exclusivement au détriment de la fonction publique et pas du tout de la part des plus privilégiés.

3. Son refus de maintenir les subventions à leur niveau actuel ainsi que la masse salariale avant le déduction de 1%. De nombreuses entités sont déjà en souffrance (Hospice général, Imad, fondation officielle de la Jeunesse, etc.) et les montants alloués avant les coupes étaient déjà largement insuffisants.

4. Les nouvelles recettes prévisibles en 2015 ont trop souvent servi à des écritures comptables qui auraient dû figurer dans le précédent budget (amortissement accéléré, provision pour risque de perte de recours, etc.) plutôt qu'à améliorer directement les moyens d'assurer les prestations dues à la population.

19/10/2015

Les fruits de la désunion

La gauche radicale genevoise n'aura donc pas d'élus au Conseil National. Une fois de plus, la preuve est faite que le mouvement "SolidariteS", additionnant ses voix à celles du Parti du Travail, ne parvient pas à un chorum électoral sans l'appui des autres composantes d'"Ensemble à Gauche" (La gauche, le DAL, les Indépendants de gauche), même s'il les considère comme négligeables.

En imposant ses deux têtes de liste sans consulter ses trois autres partenaires, il a cru pouvoir faire élire ainsi l'une d'elles malgré une expérience moule fois répétée.

A la question du maintien des deux candidats aux Etats au second tour, le permanent de SolidariteS (et non le représentant d'Ensemble à Gauche comme cela a été indiqué à tort) a cru bon de répondre : "Chez nous, on est démocratique, c'est l'Assemblée générale de demain qui en décidera". Quelle Assemblée générale ? En ma qualité de présidente de La Gauche, membre élue au Grand conseil sous l'étiquette "Ensemble à Gauche", je n'ai en tous cas pas reçu de convocation pour cette réunion ultra-démocratique.

Ils sont vraiment incorrigibles. Dommage, car il y a chez SolidaritéS de la belle jeunesse, convaincue et militante, mais qui a un peu trop sucé le lait trotskiste du sectarisme et du goût de l'hégémonie.