10/01/2016

Ensemble à Gauche et la laïcité

Un membre de notre groupe parlementaire Ensemble à Gauche au Grand Conseil, Pierre Vanek, tente de démolir  dans le journal du mouvement Solidarités, le projet de loi sur la laïcité que cinq autres élus du même groupe, dont moi-même, soutiennent en réponse à celui, inacceptable, de Pierre Maudet. 

Il nous reproche de mener "une lutte idéologique antireligieuse" au lieu de lutter pour le socialisme en général ou dans des combats sociaux ou économiques particuliers. Certes, il annonce tenir ces propos à titre personnel, mais  ils prouvent qu'il n'a rien compris à la notion de laïcité ni aux importants enjeux de société qui se présentent actuellement à notre jugement.

Traiter d'anti-cléricaux, de laïcards et d'islamophobes tous les citoyens qui s'inquiètent de la tournure que prennent certains changements législatifs est non seulement facile et stupide, mais également très lâche. Comme l'écrit très bien Richard Malka dans le dernier Charlie Hebdo, "certains soignent par là-même leur culpabilité de classe ou leur tropisme "anti-impérialiste" sur le dos du droit à la neutralité religieuse dans l'espace public".

Nous ne pouvons accepter un projet de loi qui déclare comme un de ses buts : "permettre aux organisations religieuses d'apporter leur contribution à la cohésion sociale". Le communautarisme est par définition un facteur de division et les pays qui ont choisi cette solution, telle la grande Bretagne, le regrettent maintenant amèrement. La défense de la laïcité devrait être la fierté de la gauche, de toutes les gauches.

"Tout individu a le droit de claironner ses convictions dans l'espace public, comme de les manifester et les mettre en oeuvre publiquement" écrit le même député. Il oublie la loi sur le culte extérieur du 28 août 1975, toujours en vigueur qui dit clairement : "Toute célébration de culte, procession ou cérémonie religieuse quelconque est interdite sur la voie publique".

Pourquoi cette frénésie à revenir sur ce qui nous a valu un siècle de paix et d'harmonie ? Pierre Vanek, qui n'a peur de rien,  ose trouver à notre exposé des motifs "des relents xénophobes et totalitaires". Il ne sait pas que, dans tous les milieux de gauche dignes de nom, le coup de ce genre d'insultes est éculé. La rage de voir déposer un projet de loi qui n'émane pas de Solidarités a des limites.

Comme le disait si joliment notre ami Cavanna : "Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, causons dans le poste, éduquons nos gosses, saisissons toutes occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés".

 

Commentaires

Chère Magali, merci de ce texte bref mais incisif. Une précision: Le sieur Vanek - dit le "gourou de la rue des Gares" - apportait il y a peu son "soutien mou" à l'accession de l'histrion séditieux du MCG, Eric Stauffer, à la vice-présidence du Grand Conseil. Le sieur Vanek, hier maoïste et aujourd'hui soutien du MCG, n'hésite pas à utiliser le mot de "laïcard" pour nous décrire, nous, les défenseurs de la liberté de conscience et les protecteurs de la liberté des cultes... Ce serait trop drôle si ce n'était pathétique. Ce mot de "laïcard", il faut le rappeler, a été remis au goût du jour par un certain Charles Maurras, idéologue de l'antisémitisme et de la collaboration avec les nazis. Cela donne une idée assez précise de la déchéance idéologique dans laquelle se complaît le sectaire Monsieur Vanek, allié des ennemis de la république et de la liberté.
Pierre Gauthier

Écrit par : pierre gauthier | 10/01/2016

Je trouve ahurissante la position de VANEK. Lui, un un nombre important d'ex-gauchistes ont cessé de réfléchir en 1975. Ils ont passé du stalinisme au néolibéralisme moralisateur. Multiphobiques, enfermés dans une logomachie fondamentaliste, ils voient des islamophobes, racistes, antisemites partout. Qu'on évoque les identités des peuples, façonnées par la culture, l'histoire, la langue qui sont des évidences, et nous voici aussitôt taxes du pire des nationalismes. Il tombent systématiquement dans le piège des néolibéraux aux abois du PS gaulois - l'ensemble de sa hiérarchie - et ne voient partout plus que des suppôts du FN. Personnellement, j'ai cessé de lire ces deux mpenitents imprecateurs incultes. Dont acte.

Écrit par : Marco Polli | 10/01/2016

On s'étonne tout d'abord que Pierre Vanek se réclame des droits de l'homme, quand on sait ce qu'en pensait un Trotsky, par exemple, ou ce qu'en pensait la Chine maoïste. Mais bien sûr on peut évoluer.

Surtout, l'erreur de Pierre Vanek est de confondre, sur la base de cet article 18 de la DUDH, les deux sens du terme "public". En effet, c'est un terme ambigu.

En toute laïcité, rien n'empêche les croyants de manifester leur foi "en public", c'est-à-dire dans la rue (sauf à Genève), dans les vitrines, dans les entreprises privées etc., qui appartiennent au domaine public au sens large du terme. En revanche, dans le "domaine public", c'est-à-dire dans le périmètre institutionnel de l'Etat (écoles et hôpitaux publics, services de l'Etat, postes - derrière le guichet s'entend, et non devant), c'est la neutralité qui doit régner. Or neutre vient du latin "neuter", qui veut dire "ni l'un ni l'autre" : dans ces secteurs, qui appartiennent à tous, chacun doit pouvoir se retrouver chez lui en tant que citoyen, et aucune conviction ne doit s'afficher, excepté celles qui touchent aux fondements de l'Etat.

Cette confusion, volontaire ou innocente, rapproche le discours de Pierre Vanek de celui des intégristes d'extrême-droite, qui la pratiquent consciemment en tant qu'amalgame (pardon d'employer ce terme devenu insupportable...), et c'est ce rapprochement entre un camarade connu comme défenseur du service public et l'ennemi héréditaire qui ne laisse pas d'étonner...

En fait, comme nous autres laïques de gauche ne le savons que trop, les islamo-gauchistes ont décidé que les opprimés avaient raison, et les autres tort. Et comme, contre toute évidence genevoise, ils classent les musulmans du côté des opprimés, voilà le résultat.

On est donc en présence de l'importation d'une logique militante française (l'islamophobie existe hélas partout, mais en France elle se double d'une injustice sociale manifeste), et, chose encore plus curieuse, d'une analyse plus chrétienne (la fameuse bonté des pauvres, fumisterie sans égale) que marxiste (l'opium du peuple, même si cet opium est musulman...).

On n'arrête pas le progrès...

Écrit par : yves Scheller | 11/01/2016

Vanek est-il atteint d'une crise de mysticisme?

Écrit par : Déblogueur | 12/01/2016

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