17/05/2013

Une branche décriée

La "Tribune de Genève" d'aujourd'hui donne la parole sur quatre colonnes à un jeune trader es négoce des matières premières qui trouve que "la branche souffre d'une mauvaise réputation car les gens ne font pas la différence entre négoce physique et négoce financier et spéculatif". A qui la faute ? Ce n'est pas nous qui obligeons ce secteur à une opacité complète qui lui permet en effet de consacrer plus de temps et d'argent à spéculer qu'à organiser "honnêtement" les achats et ventes de denrées qui répondent aux besoins de l'humanité.

Au printemps de cette année, ATTAC a organisé deux soirées de films sur le scandale des matières premières. Je me souviens en particulier d'un exemple de spéculation sur le riz où des stocks invraissemblables ont été figés pour faire monter les prix tandis que des pays entiers en manquaient cruellement.

Toujours selon ce merveilleux jeune homme, "le marché est compétitif, il n'y a pas de place pour des profits disproportionnés". Il considère sans doute que la prime de 212 millions que comptaient se distribuer 72 managers de Glencore Xstrata représente une rétribution raisonnable. Il ajoute qu'"il y a des lois et elles sont respectées, les compagnies n'entendent pas souiller leur nom". Il n'a manifestement pas lu l'ouvrage de la Déclaration de Berne "Swiss Trading" qui dénonce les forfaits multiples et variés commis par ces multinationales, déguisées sous le nom d'innombrables filiales, dans les pays où elles se procurent lesdites matières premières même si, à Genève, elles font semblant de se contenter de les gérer. Il n'a sans doute pas lu que, la semaine dernière encore, l'organisation présidée par Kofi Annan a pointé du doigt la manière dont le même Glencore Xstrata a obtenu les mines de cuivre de Kansuki et Mutanda en République Démocratique du Congo.

La Confédération, aidée par un certain nombre de medias a manifestement entrepris une campagne pour nous convaincre de l'angélisme des sociétés de négoce "Je suis contre l'imposition de règles générales par des gens qui méconnaissent le secteur et viennent lui mettre des bâtons dans les roues" dit aussi le merveilleux jeune homme. Qu'il ne se fasse aucun souci : L'autorité se surveillance de la lutte anti-blanchiment n'a aucune intention d'aller mettre son nez dans leurs activités, alors que la loi le prévoit pourtant expressément. A tel point qu'on a pu dire que pour blanchir de l'argent en Suisse, il est beaucoup plus simple d'ouvrir une société de négoce que d'essayer de passer par une banque.

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