18/01/2011

La classe moyenne

Je lis la chronique de Claude Monnier qui explique les mouvements de rues actuels des jeunes de divers pays par leur seul appauvrissement. Loin de moi l'idée de minimiser les difficultés financières insurmontables de certains. Mais oublier de parler de l'indignation devant l'injustice et le mépris plus encore que le manque d'argent me paraît singulièrement réducteur. Les Tunisiens crient actuellement leur fierté et leur sourire est revenu alors que rien n'a encore changé en matière de redistribution des richesses dans leur pays. En France, le bouclier fiscal accordé aux richissimes amis de la Présidence est le symbole de la morgue de cette clique. L'augmentation des taxes universitaires est le symbole d'une insupportable volonté de sélectionner par l'argent. Certes, la droite a besoin de penser que tout est affaire d'argent. Mais qu'elle n'oublie pas que la fureur due à l'atteinte à la dignité est bien plus dangereuse. On nous dit "Même si on prenait ce qu'ils ont aux dix plus riches contribuables de la nation, cela ne changerait pas grand chose au revenu national par personne". Commencez donc par le faire, cela changera beaucoup dans la conscience des citoyens qui se sentiront un peu moins floués.

Commentaires

Mais n'est-ce pas la même chose ? Vous semblez faire une distinction entre l'argent et le statut, mais l'argent, ou la richesse qu'elle symbolise, ne sont que la cristallisation, sous forme comptable, du statut. Passé le niveau qu'il faut pour acquérir les biens de nécessité, et ce niveau est passé à peu près partout en Europe pour à peu près tout le monde, ce qui fait la valeur de la richesse, c'est d'en avoir davantage que les autres...

Écrit par : carlos | 18/01/2011

Une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec vous, Madame Orsini.

Carlos, votre remarque est pertinente en ce qu'elle décrit parfaitement le système de valeurs que nous impose le culte de l'argent: à défaut d'autres critère d'évaluation objectifs, le statut social se détermine aujourd'hui, chez nous, par l'ampleur des possessions matérielles.

Toutefois, un exemple, certes caricatural et simpliste, suffit à nuancer votre propos: un ouvrier qui gagne le jackpot au lotto deviendra objectivement plus riche qu'un médecin, sans pour autant acquérir le même statut social que ce dernier.

Bien d'autres exemples existent, de cette distinction entre argent et statut.

Force est malheureusement d'admettre que la tendance actuelle est à la standardisation et à la simplification. A cette lumière, l'argent représente bel et bien, per se, un puissant critère de valorisation statutaire. C'est ce que vous appelez la "cristallisation, sous forme comptable, du statut".

Sauf erreur de compréhension de ma part, c'est précisément ce que dénonce Madame Orsini en s'appuyant notamment sur l'exemple des jeunes tunisiens. Ils n'ont pas de richesses matérielles, mais ont néanmoins radicalement transformé leur pays et partant, leur statut, d'une manière "incristallisable" sous forme comptable.

A mon sens, il est précisément regrettable qu'en Europe (et plus encore en Suisse), le statut soit réductible à l'argent qu'on possède. Qu'il en soit dépendant, je ne le conteste pas. Aussi, à mon sens, le statut se détermine plus par la manière dont on acquiert l'argent puis, surtout, par ce qu'on en fait. Il s'agit là, à mon sens, d'une question morale.

Malheureusement, en Suisse, la moralité est moins valorisée que la possession matérielle...

Écrit par : William | 19/01/2011

Je précise toutefois, pro forma, que le fait de "prendre" l'argent des dix plus riches contribuables de Suisse ne représente pas, à mon sens, un comportement moralement admissible.

Madame Orsini, il existe bien d'autres manières de générer de la richesse pour tous que de s'approprier celle des riches pour la redistribuer aux pauvres. Vous semblez appeler de vos vœux l'apparition d'un état "Robin des bois". Une telle approche n'est pas nouvelle, encore moins créative et surtout compatible avec notre époque.

La générosité et le partage ne sont moralement admissibles que s'ils sont volontairement consentis. Vous me taxerez sans doute de naïveté, mais il me semble qu'au lieu de vouloir "prendre" aveuglément aux riches, il vaudrait peut-être mieux les encourager à donner ! Il s'agit encore une fois d'une vision morale de la redistribution des richesses mais sincèrement, n'est-il pas temps de replacer la morale au centre de la politique ?

Écrit par : William | 19/01/2011

La grande question c'est le partage des richesses. Depuis combien d'années cela fait pâle figure au quotidien des plus pauvres de la planète.
Malgré toutes les aides au développement, les milliards donnés ou investis, la situation n'a fait que se dégrader. Maintenant avec la mondialisation
"l'Européennisation" et le mixte par la globalisation, cela ne peut que s'empirer et arriver jusqu'à nous!

L'opacité par l'ampleur de la gestion permet d'ouvrir toutes les failles et de laisser s'y engoufrer et s'y approvisionner généreusement les -biens placés- les politiques affamés du pouvoir de l'argent, et aussi d'autres volontés cachées comme celles du bildelberg.

Certes, ventre creux n'a pas d'oreilles, mais la désinformation organisée, aux multiples complicités, fait que les "Classes sacrifiées" n'auront rien vu venir et n'auront plus que les yeux pour pleurer.

Difficile dans un tel désordre organisé de croire le possible rétablissement de la morale, il nous reste peut être encore juste la parole de Dieu :
"Il ne laissera pas les hommes de mauvaises volontés détruire sa création" (cité de tête)

Écrit par : Corélande | 19/01/2011

Entre Robin des bois et Dieu, on n'est pas sorti de l'auberge !

Écrit par : William | 19/01/2011

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